Histoire

Les pages consacrées à l'histoire de Boninne seront quasi entièrement tirées des nombreuses recherches réalisées par Monsieur Paul Verhaegen, décédé en 2002. Vu le nombre élevé de pages des différents volumes, ce sont des résumés de ceux-ci qui sont ou seront mis en ligne.

Autres sources :

  • "Les villages de Namur-est", Roger Delooz, Namur, 1990.
  • "Nord du Namurois en images", Roger Delooz, Lonzée, 1998.
  • "Paroisse Saint Lambert à Boninne 1245-1995, 750 ans de la vie d'une paroisse dans le Namurois", Paul Verhaegen, 1995.
  • Le site Internet de la ville de Namur : "www.ville.namur.be"

Le premier volume traité et résumé, dont une partie est déjà en ligne, est : "Boninne. Essai de géographie locale et évolution de l'habitat" - Paul Verhaegen - 1990.

Généralités

Voici quelques généralités sur l'histoire de Boninne :

LA RÉGION ET LE SITE DE MARCHE-LES-DAMES (proposé par M. Bernard Neufort de Boninne)

Extrait du "Guetteur wallon" de mars (?) 1935, pages 103-104

"Ce plateau, seuil de la Hesbaye, qui s’étend au Nord-Est de Namur mérite de fixer l’attention de l’historien. C’est entre Beez et Boninne et Champion que Charles-Quint puis Don Juan établissent un camp, au milieu du XVIe et en 1578. Don Juan mourut à Bouge.
Par ce plateau, la ville de Namur (ne parlons pas du château de ce nom qui appartient à La Marlagne) fut attaquée et prise en 1692 par Louis XIV, en 1695 par Guillaume d’Orange roi d’Angleterre, en 1746 par l’armée de Louis XV.
De 1706 à 1714, pendant la guerre de succession d’Espagne, les armées des Deux-Couronnes (France et Espagne) occupèrent sur ce plateau des positions qui faisaient face, à distance, aux positions des anglo-germano-bataves alliés, depuis le sud de Gembloux jusqu’à la plaine de Boneffe. Véritable guerre de positions.
Aujourd’hui encore, en certains cantons de bois de la région de Saint-Denis, de Meux jusqu’à la Mehaigne et de là à Franc-Waret, l’on peut repérer des levées de terre datant de cette époque. C’est par là également que les armées allemandes attaquèrent et prirent la ville de Namur en 1914, après avoir réduit au silence le fort de Marchovelette.
Ils arrivèrent ainsi par deux voies d’accès. L’une est très vieille : c'est le thiège de Hannut ou Royal Chemin, par Gelbressée, Boninne, Bouge et Namur. L’altitude de cette voie est à peu près constante; elle servait à l’époque pré-romaine et romaine à relier la voie de Bavai à Tongres au site de Namur. La seconde date du XVIIIe siècle : c’est la chaussée de Namur à Louvain, par le Moulin-à-Vent, Bouge, Cognelée, Leuze… qui remplaça alors l’ancien chemin de Louvain par Bomel, Bernacomines, Rîsle, Saint-Marc, Emines…"

Commentaire : en 1940 également, les armées allemandes s'emparèrent de Namur en passant par Boninne, après avoir éliminé la résistance offerte par la position située juste au nord de ce village (le fort de Marchovelette).

Deux extraits de l'ouvrage d'Arthur Sohier "1900-1980, reflets belges et autres ou Mémoires d'un "ancien Belge"" - La pensée Universelle - 1982. Tirés du chapitre "Mon village ou la vie à la campagne et un peu en ville avant 1914".

Arthur Sohier :

"Le village ou je suis né est situé sur un plateau fertile. Dans mon enfance et plus tard encore, il était impossible d'y accéder sans gravir quelques côtes assez raides et, aussi, sans devoir traverser une forêt épaisse en Est ou un bois de quelque importance aux autres points cardinaux. Bien que l'Ouest fut, déjà dans ma jeunesse, assez ouvert, cela n'a certainement pas toujours été le cas puisque les deux hameaux situés de ce côté portent encore et toujours les dénominations particulièrement éloquentes de Bois-du-Roi et Bois-de-Là-Haut..."

"...Le mystère planait aussi et, dans une certaine mesure, plane toujours sur la personnalité d'un certain motocycliste, grand et fort, de stature imposante et ... toujours chargé de l'attirail du parfait ramoneur. Il passait plutôt à vive allure, sans qu'il arrêtât jamais pour débarrasser une cheminée de sa suie encombrante. Et pour cause ! Il n'avait cure de clientèle. Parfois, il disparaissait pendant deux semaines de la vie calme des villageois curieux et quelque peu intrigués. Craignant avoir été reconnu, l'homme suspect venait en voiture, accompagné de son chauffeur, et empruntait un chemin parallèle à la grand-route où il était à peu près sûr de ne rencontrer âme qui vive, sauf un paysan occupé dans les champs. Mon frère, de huit ans mon aîné, a souvent parlé avec cet homme sans savoir qui il était et sans s'en inquiéter. D'ailleurs, il était si poli et si aimable quand il sollicitait la possibilité et l'autorisation de passer sur un coin du champ, tant le chemin était impraticable et même dangereux pour la voiture qui, chaque fois, risquait ses ressorts et l'embourbement. Cet homme n'était autre que le roi Albert qui, fuyant la Cour et son protocole, venait chercher la paix et la quiétude dans les profondeurs des forêts de Beez, Boninne, Marche-les-Dames. C'est dans les rochers de cette dernière localité qu'il se livrait à son sport favori : l'alpinisme qui lui fut fatal. Le 17 février 1934, un cousin, Arthur Jassogne, le retrouva mort au pied même du rocher qu'il avait escaladé maintes fois..."

Arthur Sohier était né le 9 juillet 1894 à Boninne.

Listes des personnes reprises dans les almanachs de 1859-1860, 1870, 1880, 1894 et 1909

Sources : Almanachs/annuaires du comerce et de l'industrie :

Boninne en 1859
Boninne en 1870
Boninne en 1880
Boninne en 1894
Boninne en 1909

Boninne, dans l'ouvrage "Communes de Belgique, dictionnaire d’histoire et de géographie administrative, tome 1 ; Hervé Hasquin, avec Raymond Van Uytven et Jean-Marie Duvosquel ; Crédit Communal de Belgique, La Renaissance du Livre, 1983).

La première guerre mondiale (< abbé Declaye dans l'ouvrage : "Paroisse Saint Lambert à Boninne 1245-1995, 750 ans de la vie d'une paroisse dans le Namurois" - résumé)

Suite à la déclaration de la guerre, des soldats de toutes les armes vinrent à Boninne pour organiser la résistance contre l'envahisseur allemand. Au début août, divers soldats se concentrèrent à Boninne et dans les environs soit pour s'entraîner, soit pour faire des travaux de défense.

Des tranchées furent faites en vitesse dans les jardins à travers le village. L'église, quant à elle, fut réquisitionnée et, dans le clocher, un poste d'observation et un poste téléphonique furent intallés afin de communiquer avec le fort de Marchovelette. L'état major était installé à la ferme occupée par les époux Gouy-Hucorne.

C'est le vendredi 20 août vers 10 heures que le fort de Marchovelette fut bombardé sans interruption jusqu'au dimanche 23 août à 15 heures. La résistance fit preuve de beaucoup d'héroïsme. Le fort habritaient plus de 400 personnes dont des médecins, des infirmiers, un abbé et des instituteurs.

Le dimanche vers 14 heures 30, un éclat d'obus atteignit une charge de poudre et il en résulta une énorme explosion. Une demi heure plus tard, le drapeau blanc fut hissé sur une des coupoles. Les tirs cessèrent et les troupes ennemies arrivèrent mais n'osaient guère approcher vu que des explosions continuaient à l'intérieur. Au dessus du fort, la garnison assista à la fin de la bataille de Boninnes. Plusieurs blessés furent emmenés à l'hôpital du couvent des Soeurs de la Providence à Champion. Quant aux hommes valides dont des ambulanciers, ils furent envoyés en Allemagne et entassés dans des wagons à bestiaux à la gare de Huy. Ils arrivèrent le jeudi 27 au camp de Munster-Lager après être restés trois jours et trois nuits debout. Là, ils restèrent cinq jours sans pain et sept jours sans couchage. Le 28, trois autres ambulanciers namurois arrivèrent au camp ainsi qu'un aumônier catolique qui y célébra la messe deux ou trois fois par semaine. Mais le prêtre n'avait pas d'autel pour célébrer le Saint Sacrifice. C'est dans une grande misère que les prisonniers y vécurent plusieurs mois durant.

Boninnes a énormément souffert du bombardement. Placé durant trois jours dans la ligne de feu, le village reçut peut-être plus d'obus encore que le fort de Marchovelette lui-même.

L'église fut fortement touchée (voir carte postale ci dessous). Le premier boulet fut lancé le vendredi 21 vers 10 heures 30 et s'écrasa dans la cour de la ferme Gouy. Dès cet instant, l'édifice fut bombardé de trois côtés à la fois. Plusieurs bâtiments du village furent touchés par ces assauts et certains immeubles furent même incendiés. Dès le jeudi soir, la plupart des villageois quittèrent le village. L'abbé Declaye resta, avec sa famille, dans la cave du presbytère jusqu'au samedi 22 vers 4 heures. Une heure plus tard, il était avec sa famille à Champion. Seules quelques personnes restèrent au village. L'abbé Declaye rentrat à Boninne le 28 août.


Après les bombardements

C'est donc le dimanche 23 août vers 2 heures 30 que les Allemands arrivèrent en nombre considérable à Boninne et mirent le feu à bon nombre de maisons. Les rares villageois restés chez eux furent un peu molestés par les Allemands, conduits, en partie jusque Bouge et retenus prisonniers jusqu'au lundi 24. Environs 65 maisons furent sinistrées. Le 23 août, quatre personnes trouvèrent la mort.

Dès son retour le 28 août, l'abbé Declaye se rendit compte des dégâts causés à l'église. Triste spectacle que celui qui se trouvait sous ses yeux. Le grand autel n'avait pas été beaucoup atteint. Au sein du village, les Allemands avaient pillié les maisons.

Le Conseil de Fabrique se réunit le 6 septembre pour délibérer sur la situation et pour trouver une solution afin d'assurer l'exercice du culte au sein de la paroisse. Dès lors, il en résulta que des travaux auraient été trop onéreux et une chapelle provisoire, en planches, fut construite la dans cour du presbytère.

Boninne, qui avait déjà beaucoup souffert en 1914, se vit arracher à la réquisition de Namêche le 23 novembre 1916, trente-deux de ses "enfants". Ces hommes avaient entre 17 et 43 ans. Ils revinrent par petits groupes à l'exeption de Jean Heusling qui mourut, de misère et de faim, au camp de Cassel en février 1917.

Après l'armistice du 11 novembre 1918, la commune de Boninne fut avertie que des baraquements pour l'église et pour l'école étaient à sa disposition. A la mi-janvier de 1920, la nouvelle église provisoire (voir carte postale ci-dessous) de Boninne fut aménagée.

La seconde guerre mondiale (< abbé Campeneer dans l'ouvrage : "Paroisse Saint Lambert à Boninne 1245-1995, 750 ans de la vie d'une paroisse dans le Namurois" - résumé)

En 1940, Boninne vécut une nouvelle fois l'épreuve des bombardements par les forces allemandes. L'église fut incendiée le 17 mai sous le prétexte fallacieux qu'un poste d'observation se trouvait au haut de la tour. La chapelle provisoire qui avait servi après la première guerre fut réaménagée pour que le curé Dacosse puisse y célébrer les offices.

La fanfare (< "Les villages de Namur-est" - R. Delooz (Vieux Chemin de Namur, 48 à 5030 Lonzée) - D/1990 - résumé)

Boninne eut tout un temps une fanfare (photo) communale. Elle fut fondée en 1927 et placée sous la direction de M. G. Dolet. En 1939, la fanfare de Boninne remporta deux premiers prix au concours musical de Dinant. Durant la seconde guerre mondiale, elle fut bien évidemment "au repos" et se reconstitua dès 1945 par l'intermédiaire d'anciens et de nouveaux venus tous formés après la libération toujours sous la direction de M. Dolet. Elle s'inscrivit au concours musical de Valenciennes mais une semaine avant le jour J, M. Dolet décéda. Malgré ce coup du sort, les musiciens s'y présentèrent en sa mémoire et remporta un premier prix d'exécution, un deuxième prix de lecture, la médaille de Valenciennes ainsi qu'une mention spéciale à leur nouveau directeur, M. Pelouse.

Aimé Dewez, dont le fils et la petite fille habitent aujourd'hui encore le village, fut un des derniers présidents de la fanfare. Sa maison route de Hanuut faisait office de local et il était accompagné d'une trentaine de membres dont H. Vigneron au trombone, J. Pinon au trombone également, J. Tonneau au bugle (sorte de piston), A. Delorge au tuba, J. Lomba à la trompette à pistons. Il fut le dernier présient de la fanfare qui fut dissoute en 1972 après avoir prévenu les Boninnois et les Boninnoise. La plupart des musiciens habitaient le village de Boninne

Une liste des anciens de la fanfare fut rédigée en février 1975. On retrouvait Georges Dolet, M. Pelouse, Mohimont et Piérard comme chefs de musique. Les musiciens étaient A. et F. Vigneron, B. Gueulette, C. Beguin, F. Bourgeois, P. Vanderose, J. Chatorier, A. Mahaut, J. Tonneau, A. Delforge, J. Pinon, G. Tonneau, J. Vigneron et T. Geerts. Parmi les membres du comité, on retrouvait F. Sohir, A. Dewez, J. Degeyt, V. Thémans, A. Pinon, J. et C. Dupuis et A. Bourgeois, L. Helens, E. Denille.

N.B. : les répétitions de la fanfare se firent aussi dans un local, rue Arthur Mahaux, construit par les musiciens. Après, le local s'appela "Chez l'marchau" Café Dupuis.

Le football (source : Michel Thirion)

L'équipe de football locale fait également partie intégrante de l'histoire des Boninnois.

C'est au mois de mai 1967 que deux jeunes Boninnois Guy Bourgeois et Freddy Jassogne eurent l'idée de fonder un club de football.

Le comte de Beaufort ayant consenti de céder un terrain, le club s'intitula au départ le Beaufort Club Boninne. Après quelques années, le comité connut de petits remaniements et le président fut remplacé par Pol Graces. Le comte de Beaufort désirant reprendre son bien après quelques années; le club dût émigrer à la ferme Volvert; une étable servit de vestiaires et une buvette de fortune fut installée. Quelques phares montés artisanalement permettaient un entraînement en soirée. Cette situation dura 11 ans. C'est en 1983 que les installations actuelles furent inaugurées (le 21/08/1983). Le club se structure de plus en plus et accueille pratiquement toute les catégories de jeunes . En 2000, un accord de partenariat avec les clubs de Wartet et de Gelbressée est signé pour les jeunes. Militant aujourd'hui en deuxième provinciale, le président Graces vient de céder le flambeau à André Pitance qui s'est engagé à faire prospérer le club tout en conservant l'optique initiale qui est de pemettre à des jeunes de s'épanouir sur un terrain de football.


Léquipe en 1972

Origine et historique du nom "Boninne"

Le nom de Boninne vient du celtique, d'un dérivé de "Bon" : terrain plat. Boninne signifierait donc "ferme de la terre unie". Ceci ne doit pas étonner car le village est situé sur un plateau élevé, par rapport au territoire de Marche-les-Dames très accidenté, ou aux pentes de Beez et de Bouge qui s'inclinent fortement jusqu'à la vallée de la Meuse, le terrain de Boninne peut être considéré comme relativement uni.
Boninne est d'origine très ancienne. L'histoire en fait mention en 1189 et en 1245. A cette dernière époque, au moment où Balderie (ce Balderie pourrait être un descendant du Balderie qui a jeté les fondations des fortifications de Bruxelles) d'Eghesée cède au couvent de Marche-sur-Meuse une partie des revenus de son alleu, Nicolas, curé de "Bonyn", abandonne au même établissement une partie de ses dîmes.
Avant 1189, un document parle de Godescalcus de Buninis, membre de la "familla" d'Henry l'Aveugle : il s'agit d'un acte datant d'environ 1160, que l'on peut retrouver dans les archives de Floreffe. Rien ne prouve cependant qu'il s'agisse de Boninne, quoique les relations qu'avait à cette époque la cure de Boninne avec Floreffe semblent favoriser l'hypothèse.

Avant cela, l'histoire de Boninne se confond avec l'histoire générale du pays de Liège et de Namur.
La Seigneurie de Boninne ne fut jamais une place forte. Simple villa ou métairie en torchis, elle fut incendiée par les Normands, puis reconstruite en pierres. Elle devint alors la demeure seigneuriale de la famille de Gaiffier. Le village est resté longtemps leur propriété à titre d'engagère, avec haute, moyenne et basse justice. Ce sont eux qui nommaient le maïeur et les magistrats et, sur les habitants, pesaient les charges féodales. Les seigneurs de Boninne, cependant, ne s'occupaient que fort peu de la chose publique; ils assistaient rarement aux assemblées générales des nobles du Comté.

En 1781, Messire Baudhuin de Gaiffier vendit au sieur J.-B. Barbaix, avocat (Jean-Baptiste Barbaix était le fils d'Ignace François Barbaix, lieutenant bailli des bois de Sa Majesté à Boninne, et de Marie-Françoise Mieulx. La famille possédait de grandes propriétés à Boninne), la totalité de ses biens et droits à Boninne. Celui-ci reçut le titre de comte sous le régime hollandais à cause de services rendus au Prince - après les Barbaix, le château fut vendu à la famille de Zualart.

C'est grâce surtout à la Seigneurie de Boninne que le village a eu son histoire bien personnelle depuis les siècles reculés du Moyen-Age. La famille de Gaiffier l'a marquée de son empreinte.

La famille de Gaiffier

La seigneurie de Boninne ayant appartenu longtemps à la famille de Gaiffier, nous lui consacrons quelques lignes.
La famille de Gaiffier compte parmi les rares familles qui peuvent remonter à une ascendance connue jusqu'au haut Moyen-Age. Des textes datant de 877 et 880 (cf "Histoire ecclésiastique"), mentionnent un certain Gaiffier comme prince de la ville de Salerme dans le Var. Ayant fait alliance avec les Sarrasins, il fut nommé par le pape Jean VIII de la rompre sous peine d'ex-communication. Il obéit, et même se fit moine au soir de sa vie.

Au XVIIIe siècle, Pierre Paul de Gaiffier est seigneur de Boninne. Né en 1684 d'Otto Ernest de Gaiffier et de Catherine de Thomas, il est le fils cadet de sept frères et soeurs. Il reçoit la seigneurie de sa soeur Marie Jacqueline. Celle-ci avait pu purger la saisie qu'en avait faite Hélène-Marie Lambillon, la créancière de son père. Il en fait relief le 3 mars 1702 : il a dix-huit ans.
Dix ans plus tard, il épouse Marie-Thérèse Louise de Garcia de la Véga. Ils passeront ensemble 45 années de vie commune. Elle décéda le 8 juillet 1757, tandis qu'il vivra encore 15 ans dans l'état de veuvage. Ils eurent huit enfants : François- Paul, Jeanne-Louise, Charlotte, Jean-Guillaume, Pierre-Joseph-Baudhuin (qui hérita de Boninne), Guillaume-François, Marie-Yolente et Marie-Antonet.
Pierre-Paul de Gaiffier se montre, au cours de sa vie, un seigneur paisible mais assez insouciant de sa fortune. Habitué sans doute à une vie facile, gâté comme le plus jeune enfant de la famille, il est négligent dans la gestion de ses biens.
Il est reçu à l'etat Noble du Comté de Namur, suivant le règlement du 19 octobre 1679 et en 1713, il fait des études à Louvain et apprend le violon. En 1729, il veut ériger à Boninne un perron de pierre avec ses armes et carcan, mais il en est empêché par le magistrat de Namur qui fait état de son pouvoir de juridiction sur tout le territoire et refuse de lui donner la permission requise. Il s'adonne également à la chasse.

A part ces quelques traits de vie mondaine relevés ici et là, les principaux soucis de Pierre Paul de Gaiffier semblent plutôt s'orienter vers l'amélioration et l'embellissement de son domaine. En 1728, il fait faire d'assez coûteuses réparations au château. La même année, il demande au curé de Saint-Jean l'Evangéliste à Namur de faire des recherches pour retrouver les baptistères de ses ancêtres. Il ne parvient cependant à récupérer que celui de sa mère Catherine de Thomas. En 1744, il fait faire un toit neuf sur l'entrée de la cave du château et fait placer à la grange une nouvelle porte à roulettes glisssant sur des rails. Entretemps, il a encore fait effectuer des travaux à un fossé et à ses étangs.
Ce sont peut-être ces grosses dépenses qui l'entraînent, déjà en 1735, à devoir engager la seigneurie de la Tour. Le 2 avril, une acte du notaire François Joseph Barthélemy atteste que Michel Joseph de Grady, chevalier seigneur de Cronendael remet à Pierre Paul de Gaiffier la somme de 17.000 florins pour l'engagère des seigneuries d'Emeville et de Boninne. Cette aliénation ne durera cependant que quelques années, puisqu'en 1742 déjà, un dénombrement de la seigneurie de Boninne signé de Pierre Paul de Gaiffier, prouve qu'il a pu racheter l'engagère et rentrer dans tous ces droits de seigneur hautain de Boninne.
Malgré ces quelques ennuis inévitables, dus surtout à un caractère assez insouciant, la vie du seigneur Pierre Paul de Gaiffier semble donc s'être passée dans une atmosphère relativement calme. La chose publique ne l'intéressait guère et la vie mondaine paraît n'avoir eu pour lui que peu d'attraits.

Il en est tout autrement pour son fils et successeur sur ce point relatif au train de vie, et cette nouvelle période contraste très fort avec la précédante. Le château de Boninne devient le centre d'une vie mondaine agitée dont l'exemple est donné par son seigneur Pierre Joseph Baudhuin de Gaiffier.
Cette nouvelle période commence en 1754. Le 11 janvier de cette année, Pierre Paul de Gaiffier donne à son fils tous ses biens de Boninne à l'occasion de son mariage avec Marie Françoise de Maucour (fille de François Ernest de Maucour, seigneur de Houx, et de Marie Anne Joseph de Villers Masbourg, dame de Lisogne). Il se réserve cependant, ainsi qu'à sa femme, l'usufruit de ces mêmes biens. Pierre Joseph Baudhuin a 27 ans à cette époque; il est reçu à l'Etat Noble au cours de cette même année. Désormais, le train de vie seigneurial du château de Boninne va entraîner, avec une accumulation de dettes; une perte progressive des biens et des droits du seigneur, que celui-ci sera obligé d'aliéner ou de vendre l'un après l'autre pour faire face aux créances les plus urgentes. A sa mort, son fils se verra contraint de se défaire définitivement de la seigneurie de Boninne.
Toutes ces dépenses n'ont pas été sans résultat. En 1756, Pierre Joseph Baudhuin cède son droit de chasse dans sa terre de Boninne. La même année, il vend ses bien censaux et féodaux à un bourgeois de Namur, Jean Baptiste Daix, pour la somme de 2.400 florins. En 1766, la seigneurie du village est concédée à titre d'engagère pour 800 florins à Charles François Maurice de Janty, avec droits de nomination des maïeur et échevins, et les autres prérogatives de seigneur hautain. Une dizaine d'années plus tard, Marie Françoise Mieulx, veuve d'Ignace François Barbaix, obtient le dégagement de la seigneurie du village et deux ans après, elle obtient encore la seigneurie de la tour. C'est à ce moment que meurt Pierre Joseph Baudhuin de Gaiffier, laissant à son fils Pierre Joseph Guillaume, le soin de liquider toutes ses dettes, ce dont il s'acquittera par la vente définitive de la seigneurie de Boninne et de toutes ses dépendances.

C'est le fils de Marie Françoise Mieulx qui, possédant déjà par sa mère de nombreux biens à Boninne, en sera l'acquéreur. Marie Françoise Mieulx triomphe ainsi, semble-ti-il, d'une rancune de longue date qui l'oppose à la famille de Gaiffier. Un procès très long pour une cause bénigne en fait foi : en 1769, Pierre Joseph Baudhuin avait fait creuses un deuxième étang dans sa propriété et, pour nettoyer le premier, en avait fait couler l'eau dans le noveau par un fossé. Marie Françoise Mieulx en appela au Conseil de Namur, se plaignit de voir son abreuvoir tari et ses terres menacées d'innondations. Le procès dura quatre ans, mais elle finit cependant par le perdre, ses craintes étant jugées "frivoles"; et hautement exagérées.
Désormais, la seigneurie de Boninne est perdue définitivement pour la famille de Gaiffier. Bientôt d'ailleurs la Révolution française viendra boulverser toute l'organisation juridique et sociale; la seigneurie disparaîtra pour toujours, faisant place à la commune de Boninne.

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